L’Action directe : s’engager pour changer le monde

L’Action directe : s’engager pour changer le monde

L’exemple des sauvetages en Méditerranée 

Des milliers de personnes, femmes, hommes, jeunes et enfants traversent la Méditerranée chaque années. Livrés à eux-mêmes et à un petit pneumatique à peine gonflé, ils courent à une mort certaine.

Pourquoi ?

Car les « jeux » diplomatiques entre pays européens maintiennent les frontières fermées empêchant ainsi les individus en exil d’être accueillis en Europe et de se réfugier dans un pays où ils ne risquent pas leur vie. 

La fermeture des frontières extra-européennes a pour effet notamment d’empêcher un secours organisé des exilés en mer Méditerranée. Les pays européens ne mettent pas en place de services d’urgences pour sauver les naufragés alors même qu’ils connaissent l’emplacement des pneumatiques faisant la traversée. Ils acceptent et institutionnalisent l’abandon de ces milliers de vies humaines et vont même parfois jusqu’à refouler les pneumatiques qui pénètrent dans leurs eaux nationales.

Ils vont même plus loin. Non seulement les secours ne sont pas mis en oeuvre mais les pays côtiers tels que l’Espagne, la France et l’Italie repoussent les bateaux qui naviguent au secours des exilés et les ramènent sur la Terre ferme. C’est ainsi que « l’inspection des gardes-côtes italiens a conduit à la détention de l’Ocean Viking du 22 juillet au 21 décembre. Cela revient à bloquer des ambulances » signale Mediapart. « Les États européens ne voulaient pas nous donner de port sûr (…). L’Ocean Viking a été bloqué en mer durant onze jours. Ça a dégénéré, il y a eu des tentatives de suicide et des personnes qui se sont jetées par-dessus bord ».

À lire !

https://www.mediapart.fr/journal/international/100121/sauvetages-en-mediterranee-l-ocean-viking-reprend-la-mer?page_article=1

Qui sont ces bateaux de sauvetage ?

Il existe quelques bateaux humanitaires comme l’ « Ocean Viking » et le célèbre « Aquarius » affrété par l’association SOS Méditerranée. Ce dernier a par exemple secouru environ 30 000 exilés en mer avant d’être immobilisé pour des raisons politiques et judiciaires et remplacé en juillet 2019 par l’Ocean Viking. 

Il faut donc saluer le travail et l’engagement de ces associations et de ces marins qui sont les seuls à s’aventurer et tenter, avec les moyens dont ils disposent, de faire valoir les droits fondamentaux humains des exilés, que couvrent pourtant la Constitution Universelle des Droits de l’Homme si fièrement brandie par ceux qui ne font rien (les États européens). 

Si vous suivez notre travail, vous avez certainement entendu parler d’un concept que représentent parfaitement ces navires de sauvetage. C’est l’Action directe. Foucault et Geoffroy de Lagasnerie (lire : sortir de notre impuissance politique) ont notamment montré l’importance de cette méthode. Il s’agit en fait de prendre un État ( l’Union Européen dans ce cas précis) par surprise en agissant de manière border line avec la loi. C’est d’ailleurs pour cela que l’Aquarius a été neutralisé. Puisque les États ne réagissaient pas à la nécessité de secourir les exilés, des bateaux et des marins s’en sont chargés et ont secouru certains naufragés puis les ont déposé dans des ports européens, mettant ainsi les États face à leurs responsabilités et, en les obligeant finalement à réagir. C’est cela l’Action directe. C’est un outil très puissant dont nous pouvons nous servir pour interpeller les pouvoirs publics face aux négligences qu’ils peuvent commettre (accueil et hébergement des exilés, voir notre post sur Cédric Herrou). 

Pendant ce temps, l’Organisation Internationale des Migrations dénombre que plus de 20 000 vies ont été englouties en Méditerranée au cours des six dernières années. “Notre action n’est pas politique, le fait de secourir des personnes en mer est une obligation légale. Force est de constater que les États européens sont capables de renoncer à cet impératif parce qu’il s’agit de personnes migrantes” souligne Mediapart.

Cet exemple d’Action directe par le sauvetage en mer des exilés doit nous interpeller. Nous sommes des citoyens européens, nous avons des droits et des devoirs. Nous sommes dans l’obligation morale de rappeler à l’ordre nos dirigeants, pour lesquels nous avons voté, lorsqu’ils agissent à l’encontre du droit, de la Constitution qu’elle soit nationale ou internationale. Faisons valoir nos droits et nos pouvoirs auprès d’eux, voilà ce que nous rappelle l’Action directe.

Elle nous incite aussi à nous former, à nous doter d’outils juridiques, politiques, économiques pour rééquilibrer les rapports de force que nous entretenons avec nos dirigeants. Quand l’État fait une erreur, ne respecte pas la loi, il faut porter plante contre Lui. Il faut le mettre devant ses responsabilités pour les dirigeants qui suivent aient peur de ne pas honorer les valeurs qu’ils disent défendre et qu’ils abandonnent au nom de la peur et de l’ignorance.

Nous devons être des individus capables de mobiliser ces outils juridiques, politiques et économiques afin de vivre en conscience, en citoyens avertis, informés.