GROSSE INSULTE ! ?

GROSSE INSULTE ! ?

Par Anna, @anna.p2004

De nos jours, nous vivons dans une société du paraître.

Nous  accordons beaucoup d’importance à notre apparence physique. La  société nous abreuve de standards de beauté.  En Europe, particulièrement en France, pays considéré comme symbole de la haute couture dans le monde, nous prônons le culte de la minceur et de la maigreur.

Ce complexe a permis aux pilules brûles graisses, aux régimes miracles et aux youtubeuses fitness de se faire un vrai business. On nous convainc d’être mince pour pouvoir nous vendre toutes sortes de produits et se faire des sous sur notre mal être. Parce que pour atteindre cet idéal de beauté dicté par la société, les individus seraient près à tout. 

Malheureusement cela a aussi entraîné une stigmatisation d’une partie de la population. Les grosses personnes, les personnes en surpoids et les personnes obèses. Cette discrimination a un nom, elle s’appelle la grossophobie.

Ce mot vous est peut être inconnu, normal, il n’est apparu dans le dictionnaire Larousse qu’en 2019 et encore beaucoup de gens ignorent son existence ainsi que son sens. Discrimination souvent inconsciente, banalisée et adoptée par la population. La grossophobie c’est l’ensemble des attitudes et des comportements hostiles qui stigmatisent et discriminent les personnes grosses, en surpoids ou obèses. Elle a pour origine des préjugés, des stéréotypes négatifs promulgués par notre société qui veut nous faire croire que gros ne rime qu’avec laideur, paraisse et malnutrition.

Effectivement qui n’a  jamais eu peur de grossir ? Qui n’a jamais pensé qu’une personne était devenue grosse du fait de son alimentation ? Qui n’a  jamais pensé qu’une personne grosse était feignante ou ne voulait pas faire de sport ? Mais est-ce vrai ? Non.

En tout cas, pas dans la plupart des situations. Les causes de l’obésité ou du surpoids varient selon les individus comme l’indique le journal Le Figaro. Le facteur génétique fait aussi partie des causes possibles. En effet,  70 % des obèses ont, au moins, un parent dans la même situation. De plus, nous sommes pas tous égaux face à la prise de poids notamment car nos métabolismes différents les uns des autres, ce qui veut dire que nous ne brûlons pas les calories de la même manière certains vont très facilement brûler des calories et d’autres non.  Pourtant beaucoup de gens pensent encore que la prise de poids est seulement la conséquence d’une mauvaise alimentation et d’une sédentarité.

 Mais laissez moi vous livrer le témoignage de Gabrielle Deydier extrait de son livre “on ne naît pas grosse”.

Réveil en sursaut. Quelqu’un vient d’arracher le rideau de mon lit-cabine à l’auberge de jeunesse où je dors depuis deux semaines. Nous sommes le 17 septembre 2016, il est deux heures du matin et une fille tarée hurle en anglais : «Tu me dégoûtes, sale grosse. J’ai envie de vomir quand je te vois, biggie ! »  « Biggie sur YouTube ! Biggie , biggie , biggie ! » Elle pointe son téléphone sur moi, lampe torche allumée. Je suis nue, enfin, j’ai juste ma serviette de bain autour du ventre. Elle continue . « Écoute-moi, la grosse, j’en peux plus de ta gueule. Depuis que je suis arrivée tu me dégoûte avec ton gras. T’es laide, t’es grosse, t’es dégueulasse ! Salope ! ».

Gabrielle a  37 ans au moment des faits et malheureusement la haine et les  insultes à son égard elle en a l’habitude, elle en subit constamment depuis vingt ans. Pourquoi? Parce qu’elle est obèse. Un jour elle va chez le gynécologue et celui-ci lui dit “mais qu’est ce que je pourrais bien voir au milieu de tout ce gras”, une autre fois elle va chez le dentiste et celui-ci refuse qu’elle s’assoie sur sa table de soin car elle n’est pas adapté aux obèses et d’après lui, Gabrielle pourrait la casser. Ces comportements vous étonnent de la part du corps médical ? Pourtant beaucoup de médecins pratiquent la discrimination médicale. Comme l’explique  un médecin généraliste Baptiste Beaulieu dans une émission de France Inter «Bon nombre de médecins ne comprennent pas et pensent, “si tu es gros, c’est que tu n’arrives pas à dire non à la nourriture”. Ce médecin se bat contre la grossophobie au quotidien et déplore cette idée fixe de contrôler le poids des patients qu’on leur a enseigné à la fac.

Sabrina, 27 ans est animatrice multimédia, elle témoigne au micro de l’émission “Ça commence aujourd’hui” sur France 3. Un jour elle veut changer de poste mais vu qu’elle est en surpoids, on lui dit “Mais tu n’as pas le physique pour ce poste”.Cela vous  indigne n’est ce pas ? Pourtant la discrimination à l’embauche est récurente pour les personnes grossses ou obèses. Selon une enquête Ifop menée fin 2013, ce serait même la deuxième cause de discrimination d’après les employés juste après celle de l’origine ethnique. Au moins  20 % des personnes obèses au chômage estiment avoir été discriminé à l’embauche. Mais encore pire 45 % des demandeurs d’emploi interrogés estiment qu’il est acceptable de refuser un emploi à quelqu’un du fait de sa corpulence d’après une étude des Défenseur des droits et l’Organisation internationale du travail. Florence 24 ans, passée dans l’émission “la robe de ma vie” sur M6. Malheureusement quand elle sort de la cabine avec sa robe sa mère et ses sœurs rigolent puis lui lancent : “tu peux faire la publicité des robes de mariés grandes tailles”. “Il va falloir agrandir l’allée de l’église”.

Vous vous rendez compte que même au sein d’une famille les gens se permettent de dire des propos grossophobes et blessants. Tous ces témoignages vous choquent et pourtant ce n’est qu’une infime partie de tout ce que subissent les personnes grosses au quotidien. Car je pourrais encore parler des infrastructures publiques comme sièges des transports, des cinémas ou des théâtres, non adaptés aux personnes grosses. Je pourrais décrire leur crainte de faire du sport, d’aller faire leurs courses ou de manger en public par peur du jugement incessant d’autrui. Je pourrais citer les nombreuses blagues et remarques déplacées à leurs égard ou encore parler du harcèlement subi par les enfants gros en milieu scolaire qui sont souvent sujets aux moqueries de leurs camarades.

Des lois sont pourtant en vigueur en France contre la discimination. Il y a l’article 225-1 du code pénal qui stipule que constitue une discrimination  toute distinction faite sur l’apparence physique. Celle_ci est d’ailleurs punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. L’article 225-2 complète en  indiquant que cette sanction s’applique quand la discrimination revient à refuser la fourniture d’un bien ou d’un service ou encore à  refuser d’embaucher une personne. Aucune ne vise précisément la grossophobie, contrairement au racisme ou à l’homophobie, le mot grossophobie ne figure pas dans les textes de lois. De plus ces lois sont rarement appliquées car pour pouvoir attaquer en justice il faut prouver qu’a eu lieu une discrimination et cela est très dur. Effectivement la discrimination passe souvent par des paroles qui sont souvent prononcer sans la présence de témoins, ce qui veut dire que les preuves se limitent à la parole de la victime contre celle de son agresseur. C’est pourquoi aucun procès ou condamnation pour grossophobie ne sont connus ou répertoriés aujourd’hui. 

Mais quelles sont les conséquences de la grossophobie chez les personnes visées ? La grossophobie crée chez les personnes grosses une pression psychologique. Elles sont donc plus exposées aux risques de dépression, elles ont une moins bonne estime d’elles, suite à un suivi médical défaillant par peur de subir des discriminations médicales. Elles peuvent être en   mauvaise santé. Les attitudes grossophobes peuvent parfois contribuer à accroître l’obésité des personnes atteintes. Etant donné que ces personnes vont se sentir rejetées, elles vont s’isoler ce qui va les entraîner dans une tristesse profonde dans laquelle leur seul refuge sera la nourriture qui va les faire encore plus grossir et les rendre encore plus mal. Tout cela est donc un cercle vicieux. 

A l’heure actuelle les personnes en surpoids ou obèses sont de plus en plus nombreuses, en France on compte au moins 50% de la population en surpoid et 17% d’ obèses. 

Il est donc de notre devoir à tous de nous engager dans la lutte contre la grossophobie pour déconstruire ces clichés sur les gros. Il faut sensibiliser à la grossophobie, savoir la repérer pour pouvoir la dénoncer, réagir quand on y est confronté peu importe si on est victime ou spectateur. En France, Anne Zamberlan, actrice et égérie de Virgin Megastore a mis en lumière la grossophobie et a été pionnière de la lutte contre la grossophobie. Elle s’est racontée dans ses deux ouvrages, “Mon Corps en désaccord” et “Coup de gueule contre la grossophobie”. Anne a importé en France ce concept de « size acceptance », de « fat acceptance » ,mouvement d’acceptation des gros nés dans les années 70 aux Etats-Unis. Aujourd’hui la lutte doit continuer  plus que jamais, beaucoup se mobilisent déjà à travers les réseaux sociaux avec des comptes qui prônent le body positive comme Corps Cool. Des personnalités dénoncent, sensibilisent à travers leurs expériences de vie en tant qu’obèses comme Gabrielle Deydier  écrivaine citée plus haut. De nombreux activistes comme Daria Marx qui milite tous les jours contre la grossophobie. Des associations se mobilisent comme “Gras politique” en  organisant des groupes de paroles, des événements pour les gros en proposant une liste de médecin  grossophobse et non grossophobes pour orienter, aider les personnes grosses. L’apparition de mannequins grandes tailles dans le monde de la mode marque également le début d’un changement, d’une inclusion des personnes grosses dans notre société. Le body positive mouvement social en faveur de l’acceptation et de  l’appréciation de tous les types de corps humains encourage la lutte contre la discrimination des personnes grosses, permet petit à petit des changements, des prises de conscience. Ces moyens mis en place nous emmènent vers un changement progressif mais positif  des mentalités. Tous  les individus ont le droit d’être acceptés peu importe comment est leur corps, leur morphologie, leur poids car tous les corps sont dignes d’être valorisés, accepter et aimer. Gros ne doit plus être un gros mot.