Pourquoi parler de rap à l’université ?

Pourquoi parler de rap à l’université ?

Il y a un 1 an je décidais d’écrire mon mémoire sur le rap français. Il y a un an, mes camarades de classe choisissaient de travailler sur le bocage, sur la gratuité des transports en commun, sur le sans-abrisme, sur les politiques de logement social, bref, sur des sujets bien inscrits en géographie et sur lesquels travaillent déjà un certain nombre de chercheurs et de chercheuses. Quand ils devaient trier parmi les bons et les moins bons géographes à mettre dans leur bibliographie, moi, je ne comptais qu’un seul chercheur qui avait eu la bonne idée de mélanger rap cainri et géographie ! Et je ne l’ai même pas mis en bibliographie ! 

C’était alors inconscient, mais en choisissant ce sujet si peu travaillé à l’université je voulais véritablement être de celles et ceux qui feraient entrer dans l’espace de la culture légitime des textes, des références, des réflexions, des noms qui jusque là on plutôt été taxés d’illégitimes parce qu’ils appartiendraient aux cultures populaires. J’ai alors, pour mon plus grand plaisir, pris le parti de les inscrire à la fac.

J’ai donc rassemblé dans ma  bibliographie/playlist de grands noms ; ceux de Fif de Booska p, de Ouafa Mamèche, de Mehdi Maïzi ou de Kery James aux côtés de ceux de Pierre Bourdieu, de Bernard Lahire ou d’Edward Saïd.

Mon choix, conscient cette fois ci, d’étudier la place des cultures urbaines populaires dans les sphères culturelles est né d’un double constat ; d’une part d’une sous-considération des cultures populaires dans les mondes académiques et médiatiques et d’autre part, de l’émergence depuis la décennie 2010 d’une certaine valorisation de ces cultures dans les médiacultures et plus largement dans la société et surtout chez la jeunesse qui s’y reconnaît et qui s’y investit avec conviction par sa force d’identification, d’appropriation et de subversion participant à la régénération des cultures urbaines populaires. Il n’en reste pas moins que ces cultures ne sont jamais qualifiées de Cultures au sens large et noble du terme, les adjectifs urbains ou populaires y sont systématiquement attachés. 

Le rap parce qu’il est justement du rap serait donc moins légitime qu’une poésie ou qu’un roman ? On connait en effet beaucoup d’auteur. es qui parlent de la police de la même façons que les artistes rap en parlent, c’est-à-dire avec une certaine violence, un engagement certain et beaucoup de provocation, mais aucun romancier, ni aucune romancière n’ont été accusé ou censuré de racisme anti-flic. Comme le dit l’universitaire Bettina Ghio « Mais couchée sur les pages d’un livre, la violence des propos pourtant tout aussi intense, devient symbolique et par là, honorable. D’une certaine façon, ce que l’on ne permet pas aux rappeurs est autorisé aux écrivains, le livre jouissant en France d’une place plus respectable qu’un morceau chanté ».

Voilà, voilà pourquoi il me semble important de parler de rap à l’université, parce que le genre est emprunt de rapports de dominations, qui sont notamment véhiculés par l’école puis l’université, et qui assignent certains et certaines d’entre nous à un immobilisme culturel et intellectuel. 

Enfin, même si nos profs n’ont souvent pas la prestance de nos artistes préférés, n’oublions pas que les maîtres de conférence et les maîtres de cérémonie partagent le même acronyme, MC ! et qu’ils constituent par la même deux voix, porteuses d’histoires, de savoirs, capable d’émanciper, capable d’éveiller, écoutons les. 

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