Comprendre la division de la société

Comprendre la division de la société

Vulgarisation scientifique des travaux de Pierre Rosanvallon dans son livre “la société des égaux”.

Rosanvallon Pierre, “La société des égaux”, Seuil, Paris, 2011, 428 pages.

Dans la période contemporaine, allant de la révolution française de 1789 à aujourd’hui, se trouve un ensemble de bouleversement politiques, sociaux et économiques qui changent profondément nos manières de vivre au quotidien.
Une crise particulière rassemble la pluralité des bouleversement politiques, sociaux et économiques, c’est la crise de l’égalité !


Cette crise de l’égalité apparait à l’époque de la révolution industrielle en Europe, c’est-à-dire au 19ème siècle principalement. Alors qu’au niveau politique et social, l’époque est encore très largement marquée mais la révolution française et la conquête de la liberté et de l’égalité en France mais plus largement en Europe et en Amérique du Nord, c’est depuis le secteur économique que provient le bouleversement. La bourgeoisie a fait tombé le roi, le monopole des privilèges, l’impossibilité d’entreprendre. Place à la liberté et à l’égalité dans la société ?

C’était sans compter le secteur économique. La révolution industrielle, comme son nom l’indique, a fait pousser partout en Occident des grandes usines, des manufactures. Avec ces industries, des ouvriers bien évidement pour y travailler et des villes et villages industriels pour les loger.
Problème, la richesse commerciale pour la bourgeoisie et les chefs d’entreprises s’est accrue fortement et s’est multipliée partout créant de plus en plus d’usines, de villes et de populations ouvrières sans pour autant offrir des salaires descends, des habitats confortables et des conditions sanitaires convenables aux travailleurs. Ces territoires et ces populations sont peu à peu plongées dans la misère économique, sociale et donc politique (voir le film Germinal qui montre bien cette situation).
Au 18ème et 19ème siècles, les droits des travailleurs n’existaient pas ou très peu. Ce n’est qu’à partir du 20 ème qu’ils commencent à se répandre faisant émerger des lois, des syndicats pour protéger les travailleurs des patrons et leur donner des droits comme celui des vacances, des congés payés, des arrêts maladies etc…
Les inspirations d’égalité et de liberté issues de la révolution ont rapidement été synonyme d’accumulation des capitaux et de la force de production (travailleurs) par ceux qui avaient déjà les moyens (bourgeoisie et patrons).

Concrètement, ce sont les modifications des moyens de productions, la division des tâches au travail et la mise en concurrence des entreprises qui sont venus perturber l’idée de l’égalité telle que l’envisageait la révolution de 1789. Ce travail à la chaine, sa difficulté physique ont changé la société au point “que désormais les ouvriers naissant et meurent ouvriers, tandis qu’autrefois l’état d’ouvrier n’était qu’une préparation, un degré pour arriver à un état supérieur” (De Sismondi, 1819).
L’accroissement des inégalités a alors touché toute la société désormais “moderne” européenne et cela a contribué à une profonde division de celle-ci. D’un côté l’enrichissement des industriels et des patrons et de l’autre la misère des ouvriers et de leurs familles ont entrainé de grandes tensions sociales. Chez les riches, la peur, la crainte des violences et du soulèvement des pauvres. Chez les pauvres, la faim, le froid, la fatigue et l’exploitation poussent à la révolte. On remarque ici, que la situation économique, sociale et politique du 19ème a bien des points communs avec ce que l’on vit en France aujourd’hui (gilets jaunes, crimes policiers, mouvements des banlieues, des universités…).
Finalement, ce n’est pas seulement la question des inégalités dont il s’agit mais plus profondément, la question de la division de la société entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien.

Mais pourquoi ce fossé entre patrons et ouvriers, entre bourgeois et prolétaires ?
Dans une société où l’école ne sera réellement ouverte à tous qu’au 20ème siècle, il était alors impossible d’espérer devenir patron quand on était né dans une famille d’ouvriers (et c’est encore très largement le cas aujourd’hui malgré la démocratisation scolaire jusqu’au lycée). Il n’y avait également pas de droits pour les travailleurs (congés, aides sociales) plongeant ainsi les ouvriers dès le plus jeune âge jusqu’à leur mort dans un monde du travail irrespirable.
En plus de l’inexistence d’ascenseur social et du rôle redistributeur de l’Etat, va se forger une idéologie dite “libérale et conservatrice”. Celle idéologie va véritablement inscrire dans la loi, la domination sociale, politique et économique de certains individus sur d’autres. En effet, il est inscrit dans la Déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789 puis dans celle de 1793 que “Tous citoyens, étant égaux à ses yeux (de la loi), sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents”. Les notions de “vertu” et de “talent” renvoient ici aux capacités individuelles de chaque personne, au mérite en fin de compte. Ainsi, la loi ne prend pas en compte les inégalités économiques et sociales assignées à la naissance et ne met rien en place pour lutter contre hormis le simple fait d’encourager les individus “vertueux” et “talentueux” à échapper aux verdicts sociaux, au statut d’ouvrier à vie qui leur temps les bras et qui les harcèle tant physiquement que psychologiquement.

Voila comment Pierre Rosanvallon dépeint la division de la société et la crise de l’égalité dans notre société contemporaine. Il y a bien là l’idée d’un individualisme à outrance, où l’on tente de pousser les individus au travail, au mérite. Une société où règne le chacun pour soi sans aucune règle ni soucis d’équité. La loi du plus fort, une jungle brutale dans le monde de ceux qui se disent “civilisés”.

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