Comprendre les déplacements de populations

Comprendre les déplacements de populations

Aujourd’hui, dans notre monde global, les populations se déplacent sans cesse, abolissant les frontières terrestres et maritimes. Dans notre société occidentale, l’on parle de mobilité pour de désigner les déplacements quotidiens mais aussi pour parler des millions d’européens qui vivent dans un pays et travaillent dans un autre. L’on parle de tourisme pour évoquer nos déplacements liés à des raisons non professionnels et caractérisés par des séjours hors de notre domicile.

Mais de plus en plus nous entendons parler d’autres déplacements sans réellement comprendre de quoi il s’agit ou en étant berné par les médias brandissant un nombre trop important de “migrants” qui fuiraient la guerre ou qui viendraient simplement jouir de vies meilleures chez nous en occident.

Mais les réalités sont beaucoup plus complexes que cela et nous allons voir ici de quelles natures sont les mouvements de populations, quelle est la réalité du terrain ?

instagram : @pharaon.blanc

Le propos de cet article est de faire ce que l’on appelle de la “vulgarisation scientifique”, c’est-à-dire que nous allons nous appuyer sur les travaux des chercheurs pour tenter de comprendre ces déplacements. Les rapports de recherche scientifique sont faciles à lire et ce sont les meilleures sources d’informations, loin devant les médias, puisque les chercheurs sont isolés de tous intérêts économiques et de pouvoir. Le propre de leur travail consiste à mettre en lumière la réalité du terrain, ni plus ni moins, ils ne prennent pas partie.

Il est important de prendre du recul par rapport à ce que l’on entend partout autour de nous, par rapport au gouvernement, aux médias, aux réseaux sociaux et parfois même par rapport à ce que nous disent nos proches.

Sur le terrain, les régions, les pays et les plus généralement les continents qui sont les plus exposés aux déplacements de populations sont les continents asiatiques et africains. C’est-à-dire que les “migrants” comme on les appelle souvent mais je préfère utiliser le mot de “déplacés”, ne font pas de l’Europe leur destination prioritaire, loin de là.
La très grande majorité des déplacements de populations se fait à l’intérieur des pays eux-mêmes ou à l’intérieur d’une même aire géographique. Ainsi, les africains, les asiatiques et d’ailleurs tous les autres peuples, se déplacent en priorité dans leur pays ou dans un pays voisins. A cet effet, l’Europe reçoit une infime minorité de déplacés ou comme on les appelle alors, de “migrants”.

Aussi, ce petit article se veut informer sur la nature de ces déplacements internes. En 2019, les conflits, les guerres, les milices armées, le terrorisme sont, avec les catastrophes naturelles influencées directement ou indirectement par le changement climatique, la source de 33.4 millions de déplacements à l’intérieur des pays et touchent 145 États sur la planète. Il faut alors bien se rendre compte que les conflits et les catastrophes naturelles sont une réalité quotidienne dans la totalité de la planète et qu’il faut agir et être sensible à ces questions. Ces 33.4 millions de déplacés sont dans une très large majorité situé en Asie et en Afrique et les conflits et catastrophes naturelles touchent assez peu l’Europe, mais c’est précisément là que réside le danger. Nous avons tendance à ne pas saisir la réalité climatique et géopolitique qui pourtant pèse sur nous.

https://www.internal-displacement.org/global-report/grid2020/

Les pays les plus touchés par les conflits et les violences en 2019 sont :

la Syrie avec 1. 847. 000 personnes déplacées
la République Démocratique du Congo avec 1. 672. 000
l’Éthiopie avec 1. 052. 000
le Burkina Faso avec 513. 000
l’Afghanistan avec 461. 000

Les pays les plus touchés par les catastrophes naturelles sont :

l’Inde avec 5. 018. 000 personnes déplacés.
les Philippines avec 4. 094. 000
le Bangladesh avec 4. 086. 000
la Chine avec 4. 034. 000
les États-Unis avec 916. 000

Dans un prochain article sur le changement climatique nous verrons pourquoi ce sont en particulier ces pays qui sont les plus touchés.

Les catastrophes naturelles et le changement climatique ont donc contribué au déplacement de 24.9 millions de nouvelles personnes en 2019 contre 8.5 millions pour les conflits armés.
Notons que ce sont des “nouveaux déplacements” qui s’ajoutent à ceux des années précédentes.
L’on estime qu’il y a 50.8 millions de déplacés internes dans le monde en 2019 dont 45.7 millions à cause des conflits et 5.1 à cause des catastrophes naturelles.

Notons ainsi que les déplacements causés par des conflits entrainent des mouvements de plus longue durée alors que les déplacements dû aux catastrophes naturelles permettent plus facilement des retours… mais de moins en moins. Les individus qui quittent leurs habitats du fait des catastrophes sont souvent logés dans des habitats de fortunes ou des camps le temps que leur espace de vie soit redevenu viable. Néanmoins, ils sont fortement exposés à la réapparition de catastrophes au cours des années qui suivent.

Les chiffres de 2019 sont un record et portent le nombre de déplacés au double de celui des réfugiés.

Si vous voulez plus d’informations je vous conseille de suivre sur Twitter @IDMC_Geneva ainsi que François Gemenne @Gemenne spécialiste en géopolitique de l’environnement, chercheur en science politique à l’université de Liège (CEDEM) et à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (CEARC), et chercheur associé au CERI au Médialab de Sciences Po.
N’hesitez pas à lire les rapports du GIEC sur le changement climatique également. Vous trouverez le rapport en français et facile à lire.

Aussi je vous invite à lire un article qui sortira prochainement à propos du changement climatique où l’on verra comment la planète se réchauffe et où l’on évoquera aussi les déplacements de populations en découlent.

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