Hijabi on the Road !

Hijabi on the Road !

Episode 1 : Bivouac, état sauvage : comment faire en tant que femme ?

Hijabi On the Road” c’est un espace dans lequel on donne la voix aux femmes qui ont envie de partager leurs expériences, leur vécu, leur talent, leur ive ! Foulard, Turban, Cheveux, Crâne rasé à ton clavier <3 !

Cet été j’ai fait mon premier Road Trip… Un road trip de Noces dans l’Ouest des États-Unis !!
Lors de ce voyage, je savais qu’on n’allait pas séjourner d’hôtels en hôtels… je savais que ça allait être du bivouac (tente, voiture…), très différent du confort dont j’ai l’habitude, pas de douche tous les jours, pas de miroir, que des rétroviseurs. Voilée, coquette et Femme, fallait que je trouve le moyen de combiner mon quotidien de Hijabi* et la vie d’aventurière

Sur les routes du WYOMING
Grand Teton

Dans la vie, je passe pas moins d’une demi heure tous les matins devant mon miroir, essayant de tracer mes traits d’eye-liner à l’identique, de nouer mon turban à la perfection, d’estomper le blush sur mes joues, d’effacer le mascara qui tache mes paupières… Je n’avais jamais envisagé la possibilité de me passer de toutes ces habitudes qui orchestrent mes réveils. J’ai choisi d’adopter cette routine, je me sentais bien et libérée (plus de détails à ce propos dans un prochain article)

Santa Monica, LA

Je connaissais la façon de voyager de Zak, je savais qu’il était minimaliste (genre 1 t-shirt et 2 paires de chaussettes pour un voyage d’un trimestre). Je savais aussi qu’il nous réservait un truc de ouf pour notre premier vrai voyage… je me suis jamais sentie proche de tout ça, jusqu’à ce jour où j’ai reçu un mail me disant que j’avais un billet d’avion pour les USA du 24 juin au 4 septembre sans bagage en soute !!!!

Le processus d’adaptation a commencé dans mon esprit juste après la réception de ce mail. Petit à petit, j’ai délaissé le maquillage, j’en portais occasionnellement jusqu’à perdre mon habitude matinale. J’ai du faire un choix dans les vêtements que j’allais apporter avec moi, le plus dur à été de faire un choix dans les hijabs qui allaient m’accompagner. En hiver, automne, printemps, je porte que des foulards noirs, l’été l’envie de porter des foulards blanc, beige, kaki, bleu… m’obsède. Encore une fois, j’ai du faire des choix, des choix difficiles.

Sur place, je n’ai pas ressenti le manque de mes vêtements, de mes foulards, de mon make-up quotidien. J’avais d’autres choses qui m’occupaient l’esprit. Des choses incroyables dont on vous parlera dans un autre article.

Painted desert, Arizona

Durant notre long périple, nous avons passé plusieurs nuits dans la voiture que nous avions aménagée pour un confort optimal ! La réglementation concernant les parkings de nuit étant très stricte aux USA, on se servait de l’application iOverlander pour connaitre les lieux qui permettaient de rester une nuit complète sur un parking. Très souvent, il s’agissait des parkings WALMART, un supermarché Américain dans lequel on trouve absolument tout, souvent ouvert 24h/24 ou jusqu’à minuit. Sur ces parkings, on trouvait une multitude de vans, camping-car… qui eux aussi campaient. Le plus gros avantage (sans parler de tous les plats fraichement préparés que nous avons consommés) c’était les “Family restrooms” ! Ces cabines de toilettes assez grandes pour accueillir toute une famille, dans lesquels on pouvait faire sa toilette, se changer, se rafraichir, laver nos vêtements, se brosser les dents, se maquiller sans que personne ne vienne nous importuner. A n’importe quelle heure du jour ou de la nuit !

(Quand les “Family Restrooms” étaient occupés ou en cours de nettoyage, c’était compliqué de nouer son foulard sans qu’aucun oeil ne traine dans les parages… ).

Tout ce dont je vous parle la, c’est le graaaaand luxe : dormir dans la voiture, les toilettes, l’eau courante, la nourriture…

Cet été, j’ai eu la chance de découvrir les plus beaux parcs nationaux du monde (Yosemite, Yellowstone, White Sands, Painted Desert…). Des paysages incroyables, on était là ou sont pris en photo les fonds d’écran de Apple (hihi). Les plus beaux states parks des USA, bref, que des choses qui en mettent plein la vue.  

Olympic
Lamar Valley
Point Lobos
White Sands, New Mexico

Il faut savoir qu’aux USA, dans les parcs nationaux, il y a deux types de campings : le camping normal, tu payes ton emplacement pour X nuits, tu as des toilettes sèches ou ordinaires, de l’eau courante, un accès au camping en voiture et le camping sauvage. Pour celui-ci, on doit se rendre au bureau des rangers pour leur demander un permis de camper (un wilderness permit), avec ce papier en main, on prend notre sac à dos, notre tente et on s’enfonce dans le parc, loin des activités touristiques, loin des sentiers goudronnés, loin des hommes et de la civilisation.

 Au Nouveau Mexique et en Arizona la seule chose qui m’inquiétait, lorsqu’on campait, c’était les intempéries, des orages comme on n’en voit pas en France, des éclairs qui déchirent le ciel, des grosses averses etc. par chance ça durait pas plus d’une heure.  A l’entrée du parc, quand tu demandes ton permis de camper les rangers te préviennent: “il y a une tempête ce soir, si vous décidez de camper c’est à vos risques et périls, le parc ferme à telle heure si vous changez d’avis et vous avez interdiction formelle de dormir dans votre voiture, bonne chance !” Tout pour nous rassurer hahaha. #RangerLife  

Mes inquiétudes se sont amplifiées lorsqu’on a commencé à visiter les parcs de Californie. Pour celles et ceux qui l’ignorent, sur le drapeau de l’état californien on peut voir un ours brun. Rien de surprenant me diriez-vous… jusqu’à ce que je réalise qu’en fait cet ours est aussi l’animal qui habite dans TOUS les espaces verts de l’état ! 

Notre premier “vrai” parc national c’était Sequoia National Park, un parc qui habite le plus grand séquoia du monde qui est l’être vivant le plus grand de la planète (Le général Sherman). 

Sequoia, Californie

C’est la que j’ai commencé à gouter à l’aventure telle que la définit Zakito.. Il m’a parlé des tonnes de fois de ces fameux wildernesspermit, il trépignait d’impatience à l’idée d’en faire un vrai de vrai. A peine arrivé dans le parc (nous sommes arrivés à 7h du matin) on se dirigeait vers le bureau des Rangers pour demander un permis. Aux US dans tous les parcs (ou presque) que ce soit pour le camping ordinaire ou le camping sauvage, on retrouve la règle du “first come, first serve” fallait arriver à l’ouverture pour obtenir ce que l’on souhaitait.

On a eu ce qu’on voulait, on a choisi un itinéraire sous les conseils avisés du ranger, un sentier pour les aventuriers intermédiaires. LOL.  On a choisi un « trail » de 5 miles (10km), on savait que 1mile ca fait environ 2km, on avait l’habitude de multiplier par deux pour avoir une idée approximative. Ce jour-là, devant le ranger, je sais pas pourquoi on a fait le contraire, on a divisé par deux. On s’est dit tous les deux « c’est bon tranquille 2,5km de marche c’est de l’eau ». 

On savait que dans ce parc ca grouillait d’ours, mais jeunes innocents que nous fumes, on comprenait pas comment un animal comme l’ours pouvait, de son plein grès, approcher l’endroit où il y a des Hommes étant donnée les hectares de nature qui s’offraient à lui. Pourtant, dans le parc, il y avait des panneaux partout nous disant de rouler doucement, de cacher notre nourriture dans des boites à ours, de surtout pas approcher l’animal si on le croisait etc… Le ranger qui nous a conseillé l’itinéraire nous a dit qu’on allait camper dans l’endroit du parc ou il y avait le plus d’ours « j’en croise au moins 5 par jour quand je vais dans ce coin » nous disait-il. 

Bref, il était 14h quand on a décidé de marcher nos « 2,5km » pour arriver à notre emplacement qui devait se trouver proche d’un petit ruisseau. (J’ai oublié de préciser, mais ca semble logique, il n’y a pas de réseau dans les parcs nationaux ! que des spots free-wifi près des Visitors Centers.)

Au bout d’une heure ( ou plus) de marche, sur un sentier raide, qui donnait une vue imprenable sur des monts enneigés, on décide de faire une petite pause, on vérifie notre application “Santé” qui donne le nombre de km marchés et on s’aperçoit qu’on en a fait 3. On se dit qu’on est proche du but, on reprend notre marche et on entend de l’eau couler, là on se dit « cool on y est »… on continue notre marche, on profite du ruisseau pour remplir nos gourdes et se rafraichir le visage et on tilt tous les deux que la suite du chemin n’a pas l’air d’abriter des emplacements de tentes. On continue de marcher… 2km et trois ruisseaux plus tard j’en pouvais plus, j’étais au bout de mes efforts. Je disais à Zak que c’était trop chelou, 0 indication d’« emplacement de tente », rien qui y ressemblait en tous cas. Zakito, qui aurait bien continué des heures et des heures, se montre compatissant et me dis qu’on a qu’a planter la tente là (il y avait un petit emplacement plat). Je lui ai dit qu’il était hors de question qu’on fasse ca, que c’était très certainement interdit, que c’était n’importe quoi kgkhkhoi bref j’étais vnr. Et là, on tilt (encore une fois) on se dit « mais on est trop bête ! 5 miles c’est 10km pas 2,5km !!!! ». Ca a détendu l’atmosphère, on a rit un petit peu, on a croisé des pommes de pin géantes, et on s’est dit qu’au prochain endroit « plat » on planterait notre tente. Aussitôt dit, aussitôt fait, on a trouvé un emplacement, pile au moment ou le soleil commençait à se coucher. Autant vous dire que au fur et à mesure de mes pas dans ce sentier, le stress commençait à monter, je réalisais doucement que j’allais passer toute une nuit au milieu de rien, dans la nature, avec les ours, les biches et les coyotes (au moment des faits, j’ignorais qu’il était possible de croiser des serpents, je remercie Dieu de m’avoir épargné ce stress supplémentaire hahah). 

On a planté la tente et on s’est mis à l’intérieur pour prier (dehors c’était infesté de moustiques tigres). A la fin de la prière, j’entendais des pas, je commençais à me déconcentrer, je saaaaaavais que Zak n’arrêterait JAMAIS de prier (ce qui est normal biensur) même s’il y avait un ours qui déchirait la tente. A peine terminé, je lui dis que j’entends des pas dehors et je l’invite à sortir son nez pour voir ce que c’est. Finalement c’était une biche qui se promenait autour de la tente, elle était imperturbable, c’était chez elle, on existait pas. 

Pour diner on avait des barres de céréales, on avait pas envie de s’encombrer et on savait qu’il fallait pas que la nourriture reste pour pas attirer les ours (on savait aussi qu’on avait pas de toilettes au milieu des sequoia…) Les malins que nous sommes ont choisi délibérément de ne pas louer de boite à ours alors que nous savions qu’il ne fallait surtout pas garder avec nous la moindre chose qui sentait (produit à lentilles, nourriture, emballage de nourriture, chewing-gum…). Heureusement que mon compagnon de vie est un être intelligent qui a un esprit d’aventurier sur-développé: il a mis tous nos trucs dans un sac plastique Walmart, l’a fermé, m’a dit « enlève tes chaussettes et donne les moi » et il a retiré les siennes. Je l’ai vu sortir de la tente pour aller poser le sac, loin de nous, dans le creux d’un arbre et y déposer nos paires de chaussettes. Il est revenu en me disant « nos chaussettes puent, elles vont couvrir l’odeur de ce qu’il y a dans le sac, les chaussettes qui puent ça va pas attirer les ours, tu verras demain le sac sera intacte. » Tous les épisodes de Man VS Wild qu’il a du visioner en cachette on payé ! Le sac n’a pas été approché de la nuit.

En parlant de la nuit… je sais plus si j’ai vraiment dormir ce soir la. Avant de dormir on entendait une sorte de grognement très lointain qui raisonnait. J’essayais de me persuadé que c’était juste le vent, et je me disais que de toutes façons je vérifierai si c’est le cri d’un ours une fois que je serai en France, pas avant haha. (chose que j’ai faite d’ailleurs….)
J’ai passé les 3/4 de ma nuit a demandé à dieu de nous protéger des animaux sauvages, des ours et des Hommes fous.  Aussi surprenant que cela puisse paraître, ce qui me rassurait cette nuit la (et toutes celles qu’on a passées dans la nature profonde) c’est d’entendre qu’au dessus de nous, tout la-haut dans le ciel des avions passaient régulièrement. Ça signifiait que la civilisation existait toujours, finalement elle était pas si loin… Pendant que Zak dormait paisiblement j’attendais patiemment les premières lueurs de l’aube pour le réveiller et plier la tente pour quitter l’habitat des ours.
Finalement, à Séquoia NP on aura croisé 2 ours : un ourson qui se cachait dans les feuilles quand nous roulions en direction de notre camping. On en a vu un autre, à Yosemite, nous jouions aux cartes, quand j’ai senti un truc bougé dans mon champs de vision, j’ai levé la tête et j’ai vu un ours à 200m de nous qui mangeait des feuilles. Les ours bruns sont omnivores, ils mangent comme nous, et il ne sont pas attirés par nous. Contrairement aux Grizllis qui eux sont carnivores! (La suite dans l’article dédié à notre road trip aux US).

En ce qui concerne ma routine quand on faisait du camping (sauvage ou ordinaire), elle était ultra minimaliste : je me maquillais pas du tout, 0 produit sur mon visage parce que j’étais pas sure de pouvoir me demakeup et les odeurs des produits de beauté attire les moustiques… Je m’habillais souvent avec des t-shirts amples, des sous-pulls et des leggings… Je lavais mon visage avec l’eau fraiche des ruisseaux quand on avait de l’eau sinon je me lavais pas. Quand on avait pas du tout d’eau, utilisait des lingettes de bébé pour se rafraichir les aisselles quand l’odeur commençait à se faire sentir hahaha. Ma peau était parfaite, j’avais plus trop d’imperfections, j’étais bronzée… Le seul problème c’est mon allergie aux moustiques tigres, et j’en ai croisé plus d’une fois… elles m’ont défiguré !

Mont Rainier, Washington

Un autre détail m’est venu à l’esprit quand j’ai su que je partais aux USA, je me suis demandée comment étaient perçues les femmes voilées, les différences etc. Naturellement, avec Zak, on n’avait pas de préjugés sur les américains et leur vision du monde, mais quelle ne fut pas notre surprise face à cet accueil que l’on a eu ! Les regards intrigués étaient accompagnés de sourires et très souvent de compliments, les regards interloqués étaient accompagnés de questions de type “pourquoi est-ce que tu portes ça ?” ” Ca vient d’où” …

Pareil pour la question du Burkini, ce sujet tellement insignifiant qui fâche tout un tas de personne dans certains pays (ou juste un seul?…). J’ai pu me baigner absolument partout : piscines en plein air, piscines d’hôtel, lacs, rivières… PARTOUT. Sans encombre, sans regard méfiant.
Lorsque l’on a l’habitude de sociétés où tout le monde se mêle de tout sauf de ses affaires, c’est agréable d’être dans des endroits ou personne ne juge ou ne pointe du doigt ce que tu es ou ce que tu fais.

Lac Crescent, Washington

Finalement, mon statut de femme, coquette, qui porte le foulard ne m’a absolument pas gênée durant ce périple. Biensûr, je ne partais pas du principe que ça allait être une épreuve, mais je ne pensais pas que ça allait être aussi facile et libérateur !

Ca fait du bien de ne pas être préoccupé par son apparence physique, de ne pas se prendre la tête sur le moindre détail…. Se réveiller le matin, laver son visage avec de l’eau de source parfaitement fraiche pour resserrer les pores, se laver qu’avec du savon d’Alep pour ne pas salir ces eaux pures que l’on pouvait boire (sans filtre) pour se désaltérer.

Sedona, Arizona

Sortir de cette zone de confort a élargi mon champs des possibles, je me vois désormais dans n’importe quelle situation en étant sure de pouvoir y être à l’aise !

Oregon Dunes

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