Ce que j’ai découvert sur l’Inde et sur moi-même

Ce que j’ai découvert sur l’Inde et sur moi-même

Première partie :

ZAD (Zone agitée et déroutante). Préambule de quelque chose de génial par un récit de découverte sensorielle.

8 Août 2017, New Delhi, Inde, je sors du Indira Gandhi International Airport tout s’est bien passé jusqu’au ici sauf l’atterrissage made in Air India dont la brutalité est spécialité de la maison. Je récupère mes bagages tranquillement et une fois passée la porte c’est le choc. Mais permettez-moi de détailler, deux possibilités de choc :

– Si vous arrivez en Juillet Août ou Septembre et à peine un pied dehors vous avez droit à un choc immédiat, un truc bestial, moite, chaud, bruyant et agressif qui vous saute à la gorge (et c’est 50% de ce qui vous attend à terme). La légende dit que certains on fait demi-tour dans l’aéroport et sa clim et ont ensuite téléphoné à l’ambassade Française en Inde.

– Ou alors si vous arrivez de Novembre à Février, la bête qui peut potentiellement vous trancher la jugulaire est en semi hibernation mais reste très bruyante et agressive (sa température est quasiment agréable et sa moiteur absente).

Lorsqu’on parle de l’Inde, c’est sans doute un peu cliché de parler de son agitation, son effervescence aussi fascinante qu’épuisante mais c’est incontournable et je pense que chaque personne visitant l’Inde expérimentant l’Inde vit sa propre expérience face à ce joyeux chaos.

J’y suis allé à deux reprises, en août et décembre 2017 (j’ai exploré les deux possibilités donc) et laissez-moi vous dire que c’est effectivement taré comme truc. L’aéroport et son ambiance (rabatteurs, chauffeurs de taxi, quelques vendeurs) n’est qu’une bande annonce édulcorée de la ville (Delhi est la ville que je connais le mieux y étant resté le plus longtemps) et c’est accessoirement la plus chaotique, peuplée, polluée, riche de gens, de choses à voir, à manger et à sentir. Super pour commencer sans expérience préalable !

J’arrive promptement à mon hôtel escorté par quelques contacts que j’avais là-bas (je serais mort 12 fois sans elles) et aussitôt l’Inde fait son oeuvre : problème sur le paiement de l’hôtel. Ajoutée à une énorme arnaque, un embouteillage monstrueux, un repas très épicé, une déambulation dans Old Delhi et un rencard pour manger des momos (raviolis tibétains succulents) à West Delhi en cette soirée du 8 août qui ponctua une journée inoubliable. Mais rentrons dans le détail descriptif du bordel qui donne à Delhi le statut de ZAD (qu’on peut appliquer à beaucoup d’autres villes Indiennes, notamment celles que j’ai visité). Les personnes étant allées en Inde ont coutume de dire que ce n’est pas un voyage mais une « expérience sensorielle » ce qui est entièrement vrai tant c’est à des années lumières de nos villes occidentales à chaque niveau. Dressons un tableau sensoriel des rues, ça va être amusant tiens.

Momos, source de réconfort dans toute sorte de trouble

Commençons par la vue et ça se résume aux mouvements et aux couleurs avec un côté « où est Charlie». La ville Indienne fourmille de monde de 5 heures du matin (heure à laquelle le soleil se lève en été) jusqu’à minuit et ce même dans les quartiers excentrés de la ville. Notons que le concept de centre-ville à l’européenne n’existe pas vraiment là bas : pas de rues piétonnes, marchandes, propres et décorées avec soin dans un centre historique. On trouve toutefois des rues très empruntées par les piétons dans les quartiers les plus congestionnés, Old Delhi par exemple, littéralement bondée. Le sol est bondé, les airs sont bondés aussi avec l’infinité de panneaux publicitaires au design kitsch et aux couleurs délavées « Sex problem ? call 9986… all the solutions ! », il n’y pas que ça bien sûr.

Une « auto », élément familier du trafic indien dans laquelle des chiens dorment ici

On voit aussi les kilomètres de câbles qui cisaillent les airs, ou encore les terrasses sur les toits que les indiens affectionnent particulièrement. Revenons sur terre. Marcher sur le trottoir est épuisant tant il y a de choses à voir : premièrement les habitants en quantité (Ô combien grande) et qualité (j’ai vu certaines personnes fascinantes), certains vous fixeront sans gêne, et dans les yeux parfois. Car oui, j’ai vu des touristes en Inde mais ils sont une goutte d’eau des gens que j’ai vus en me promenant, d’où la curiosité dont j’ai fait l’objet. Les gens portent des habits différents selon le type de quartier, l’Inde étant un pays aux inégalités gigantesques : si vous allez vers Connaught place (équivalent des Champs Élysées à Delhi) vous trouverez des indiens fringants, vêtements quasi chics ou à l’occidentale, sweat shirts etc. qui peuvent parfois paraître injustement un peu ringards pour nous. A l’inverse, dans les galis (ruelles en dédales en marge des rues fréquentées) vous verrez des habits plus traditionnels et des personnes vivant dans une précarité évidente. Mais n’oublions pas les habitants non humains que j’ai rencontrés avec beaucoup d’amusement, les vaches (de la famille des zébus avec une grosse bosse sur le cou), les singes (d’expérience, je vous conseille d’en rester loin), les chiens de rue et les écureuils qui ont littéralement envahi la ville. J’ai d’ailleurs avec mon ami peut être sauvé un veau à Varanasi en août qui mourrait déjà de faim à l’âge de 3 jours, à l’aide d’un petit déjeuner acheté au « Om Café » adresse culte de la ville sainte de l’hindouisme, que je vous recommande. Les rues des quartiers populaires sont également remplies d’échoppes ouvertes vers la rue qui foisonnent de produits, masala chai, pan, lassi, bidis, cartes sim, street food préparée sur des adorables chariots ou encore des fruits et légumes. Il est pratiquement impossible de mourir de faim pour peu d’avoir 20 roupies sur soi, mais je détaillerai ce point croustillant plus tard. En me promenant j’ai par ailleurs vu bon nombre de Mandir, les temples Hindous, de toutes dimensions voué à des divinités trop nombreuses pour être nommées avec de belles couleurs à l’extérieur et à l’intérieur, comme toujours.

Et ne faisons pas l’impasse sur les mosquées qui ponctuent la ligne d’horizon de leurs minarets aux formes raffinées et dont les façades décorent la rue de fresques calligraphiques et mosaïques. Et il y a aussi des détails visuels qui deviennent vite familiers comme les bordures de trottoirs peintes en rayures noires et jaunes, les inscriptions sur les camions « please horn » ou « buri nazar wali tera munh kala » (pour éloigner le mauvais oeil), les autocollants religieux sur les pare brises arrières, les swastiks (vous savez, les croix gammées là ? ça vient de ça), les rickshaw, les autos, les voitures blanches (90% du trafic, aucune idée de la raison) et pour finir le famaux « yahan paishab karna mana hai » peint sur les murs (il est interdit d’uriner aussi) dont la nécessité découle d’une réalité. Malheureusement l’état de propreté des rues est à mentionner car la quantité de déchets passe difficilement inaperçue aux yeux du promeneur avec une quantité d’ordure qui semble vouée à rester là : les gens sont maintenant habitués à ça et ne semblent pas en être gênés.

Petit mandir à Udaipur

Passons à présent à l’odorat sans cesse stimulé en Inde. Pour donner une idée du niveau, j’ai à un moment senti 10 odeurs différentes sur 10 mètres dans une gali à Varanasi, épices, encens, nourriture, friture, bouse de vache, humidité …c’est merveilleux mais c’est un coup à faire un malaise pour les personnes un peu délicates, le cerveau bug un peu. Le panel d’odeur est grand et je me suis rendu compte du niveau d’aseptisation des villes en France. Sentir un truc bizarre tous les 5 mètres c’est cool mais c’est un peu comme les dragées surprises de Bertie Crochue dans Harry potter : on peut tomber sur la meilleure comme la pire. Dans le meilleur, la fragrance la plus exquise, délicate, enivrante, c’est bien la grosse bouffe de la rue est c’est sans doute la plus récurrente. Entre samose, jalebi, pakaude, chhole bhature etc. mon nez faisait du pied à mon ventre en continu. Ou alors ça peut simplement être des fruits et légumes (c’est bon aussi). Allons, parlons donc du goût, qui se résume principalement à ces échoppes dans la rue. De la découle une autre découverte : la bouffe de rue à 5 roupies (10 centimes) faite par un pro sous tes yeux en une variété infinie de déclinaisons, ça manque en France. Enième découverte : le palais français, ou européen, est vraiment très fragile quand il s’agit d’épices. Si vous allez en Inde prévoyez une grosse semaine pour vous accoutumer au feu de l’épice. J’adore aussi boire un bon gros lassi dans la rue, quand il fait chaud spécialement. C’est un lait mi fermenté, bien épais et soit salé (spoiler : vous n’aimerez pas, c’est très contre intuitif pour les européens, tout comme leur soda aux épices.) ou soit sucré, ou encore aux fruits, ce qui est totalement divin dans la bouche et parfaitement complémentaire aux épices pour calmer leur ardeur. Autre boisson : le masala chai qui est l’INCONTOURNABLE. Il s’agit officieusement de la boisson nationale en Inde et se compose de lait, d’eau, de thé noir et du mélange masala d’épices. C’est un bon gros délice ultra savoureux à boire le soir dans la fraîcheur de Delhi (selon moi) directement dans la rue, debout avec ses amis et pas sur une terrasse de restau ou de bar au niveau de la rue (ça n’existe simplement pas). Notons que je ne fais pas ici mention de la cuisine Indienne en général et me limite donc à ce qu’on trouve dans la rue, pan déjà bien assez vaste du sujet. On a aussi une surprise agréable en Inde qui est les fleurs vendues dans la rue, les fameuses roses avec lesquelles on fabrique l’ittar ou alors les fleurs en collier pour les rituels Hindous.

1: vendeur de roses près de Nizamuddin, Delhi
2: sabzi wala, le vendeur de légumes, Varanasi

Penchons-nous maintenant sur l’aspect cacophonique des rues et des sons qu’on peut y saisir.

On pourrait simplement évoquer un bruit qui ne vous laissera pas de répit, peu importe l’endroit en ville mais surtout dans la rue. 1er facteur du vacarme, le trafic, une grosse affaire. Les rues Indiennes feraient pâlir un aéroport américain en terme de bruit vue la quantité de voitures, camions, autos et 2 roues. De plus –comme si ce n’était pas assez – les indiens ont un usage extensif de l’avertisseur sonore pour indiquer leur chemin ou leur présence à un conducteur, un chien ou une vache. Soit toutes les 5 secondes. (On klaxonne littéralement pour rien et j’ai constaté que certains petits malins prennent réellement plaisir à faire du bruit). 2ème facteur de bruit : les piétons. Le terme est d’ailleurs un peu trompeur car les piétons ne font pas que passer : le terme recouvre une réalité qui est que les piétons restent, parlent, mangent, boivent et se socialisent dans la rue. Alors les gens en groupe parlent, et parlent d’ailleurs généralement fort, ajoutant au bruit ambiant. Note amusante : ils m’ont souvent fait penser à des Mob, espèces de personnages de jeux vidéo faisant partie du décor, que font ces mecs assis sur un banc toute la journée, sont-ils humains ?? J’ai bien sûr eu l’occasion de parler avec de parfaits inconnus enclin à la discute, en Hindi s’il vous plaît car je ne me suis pas emmerdé à apprendre la langue nationale pour parler Anglais une fois là bas, et même si vous ne parlez pas cette belle langue qu’est l’Hindi, vous aurez la joie d’être abordé par les passants, avec comme question la plus récurrente Which country ? 

Ce qu’il est amusant de constater c’est que lorsqu’on pénètre dans les galis, les ruelles étroites dans le centre historique d’une ville, on entre dans une autre dimension où le bruit de la rue principale s’efface totalement et ça en devient presque silencieux. Je trouve d’ailleurs que ces ruelles sont vraiment propices à la rêverie et l’égarement tant leur calme mystérieux envoûte le promeneur. Si on reste dans les galis ou si l’on se tient un peu éloigné de l’enfer de la circulation, on peut avoir droit à une gamme de sons un peu plus plaisants comme, pour en revenir aux mandirs et mosquées, le bruit des cloches que les hindous font tinter en pénétrant leur lieu de culte, des mantr chantés dans ce que je pense être une école de Sanskrit à Varanasi et bien sûr l’appel à la prière pour les musulmans le vendredi qui pénètre toutes les ruelles possibles. Et enfin vient le dernier sens, rarement sollicité, qui l’est tout de même dans la rue en Inde, le toucher. L’interaction la plus flagrante avec le sens du toucher est sans doute l’état du trottoir ou de la rue qui rend vos déplacements chaotiques et cahotés au fil des nids de poules et trottoirs défoncés. L’autre aspect notable est la foule compacte, sur la chaussée ou dans les bus ou les queues ou les gens ne manqueront pas de vous bousculer ce dont j’ai fait maintes et maintes fois l’expérience. On peut ajouter la moiteur de l’air et –attention ça va être glamour- la délicate transpiration poisseuse qui coule élégamment le long du dos quand je marchais 10 mètres dans la rue en Août et pour des raisons évidentes je ne m’alourdirai pas sur ce sujet qui n’est pas super fou, vous en conviendrez.

Le Traffic (quasi habituel) à Delhi, avec averse de mousson

J’espère avoir dressé ici un tableau fidèle de la gamme de sensations que j’ai pu expérimenter dans cette gigantesque fresque un peu folle et surchargée de détails qu’est la rue en Inde. Cette expérience fatigue les 5 sens, mis à rude épreuve simultanément et épuisant le corps en énergie, un peu comme si vous mettiez votre iPhone en 4G avec Bluetooth, luminosité max et appel vidéo de groupe. Et pourtant, étant un être humain de bonne constitution, j’ai réussi à dompter la bête féroce avec brio et ai développé d’autres facultés d’adaptation inattendue et me suis vu moi-même changer lors de mes voyages là-bas, choses que je vous raconterai avec plaisir dans la seconde partie !

 

Par Perrin Remonté, un fabuleux étudiant en géographie. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *